En tant que streamer Twitch, il n’y a sûrement pas de son plus doux à votre oreille que l’alerte qui accompagne chacun des dons reçus lors de vos lives.
Au printemps, pourtant, un autre son de cloche se fait entendre (non, on ne parle pas des cloches de Pâques) : celui de la déclaration de revenus. Car côté impôts, votre « don » n’en est pas un à proprement parler : c’est une recette comme une autre.
On fait donc le tri dans vos recettes Twitch : ce qui est imposable, dans quelle catégorie, et comment retrouver les bons montants à partir de vos relevés de paiement. La boutique de merch aura droit à sa section, parce qu’elle peut faire basculer une partie de vos revenus dans une autre catégorie. Ce tri, flux par flux, est d’ailleurs le premier point que nous regardons en tant qu’expert-comptable pour streamers et influenceurs.

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Ce que rapporte une chaîne Twitch (et qui vous paie vraiment)
Une chaîne Twitch rémunérée encaisse rarement un seul type de recette. Certaines passent par la plateforme, qui vous reverse une part de ce que dépensent vos spectateurs : les abonnements, la publicité, les bits (une monnaie virtuelle que les viewers achètent pour soutenir une chaîne). D’autres vous parviennent directement, d’un spectateur ou d’une marque.
| Recette | Qui vous paie | Catégorie de principe | Point d’attention |
| Abonnements | La plateforme | BNC | Vous recevez une part, pas le prix payé par l’abonné |
| Bits | La plateforme | BNC | Même logique que les abonnements |
| Publicité en live | La plateforme | BNC | Montant variable d’un mois à l’autre |
| Dons via un outil tiers | Le spectateur, par un service de paiement | BNC | Des frais peuvent être prélevés au passage |
| Partenariats | La marque | BNC ou BIC | Qualification contrat par contrat |
| Boutique de merch | L’acheteur | BIC en principe | BNC possible sous conditions |
La plupart de vos recettes Twitch relèvent donc des BNC, pour bénéfices non commerciaux : la catégorie des revenus d’activités indépendantes qui ne sont ni commerciales ni artisanales. Les BIC, bénéfices industriels et commerciaux, couvrent notamment la vente de marchandises. Pour vos partenariats, qualifier chaque source de revenus en BIC ou en BNC se fait contrat par contrat. La boutique, elle, mérite un passage à part.

Pourquoi un don Twitch n’est pas un don
Pour l’administration fiscale, une somme se définit par sa cause, pas par son appellation. Sa doctrine le pose clairement : les gratifications et autres rémunérations sont des recettes imposables, quel que soit le nom que leur donnent les parties. Un don, un tip ou des bits envoyés pendant un live entrent dans cette définition.
Le critère qui compte est le lien avec votre activité. Un spectateur qui vous envoie dix euros pendant le boss final de votre Let’s Play ne le ferait pas si vous n’étiez pas en train de streamer. Son geste est sincère, mais il naît de votre chaîne (et un peu du boss final, qui vous a pris trois heures). La somme rejoint donc vos abonnements dans vos recettes.
À l’inverse, le virement que votre grand-mère vous fait pour votre anniversaire ne rémunère aucune activité. Le montant peut être identique, la cause ne l’est pas : ce virement ne fait pas partie de vos recettes professionnelles.
Les produits dérivés, commerciaux par nature (mais pas toujours)
Vendre des sweats ou des mugs aux couleurs de votre chaîne, c’est vendre des marchandises. Un mug à votre effigie reste un mug : par principe, ces ventes relèvent des BIC, et non des BNC comme vos abonnements.
Le principe connaît une exception. Quand des ventes restent accessoires et peuvent être regardées comme une simple extension de votre activité non commerciale, la loi fiscale les rattache à vos BNC. Le seuil du régime micro s’apprécie alors sur le total de vos recettes, ventes comprises. Dans le cas contraire, vos ventes et vos autres recettes sont imposées chacune dans sa catégorie.
Où passe la frontière ? Elle s’apprécie au cas par cas, selon les conditions dans lesquelles vous exercez. Quelques sweats proposés à votre communauté pendant les lives ne s’apparentent pas à une boutique en ligne qui tourne seule et pèse plus lourd que la chaîne. La question se pose aussi quand un prestataire fabrique, expédie et vous reverse une part de chaque vente : vendez-vous vous-même, ou touchez-vous une commission ? La réponse dépend de vos contrats.
Subs, bits et dons : le bon montant à déclarer
Pour déclarer vos recettes, le bon point de départ n’est pas le tableau de bord de la plateforme. Ce sont vos relevés de paiement et vos relevés bancaires. Trois vérifications font la différence :

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- Le montant. Pour les abonnements et les bits, vous retenez la part que la plateforme vous verse, pas le prix payé par vos spectateurs. Pour les dons passés par un service de paiement, vous partez du montant reçu avant frais.
- La date. Une recette compte l’année où l’argent est réellement à votre disposition. Un solde affiché sur la plateforme ne l’est pas encore tant qu’il n’a pas été versé.
- La devise. Quand un paiement arrive en dollars, gardez la trace du montant crédité en euros et du taux appliqué.
Au régime micro, les frais prélevés au passage ne se déduisent pas : l’abattement forfaitaire tient lieu de frais.
Ces trois réflexes valent aussi pour le passé. Si vos recettes Twitch n’ont jamais été déclarées, la reconstitution se fait de la même façon, année par année, relevé par relevé : c’est le point de départ de toute régularisation.
« Mon conseil le plus simple : gardez vos relevés de paiement mois par mois, dans un seul dossier. Le jour de la déclaration, il ne vous reste plus qu’à additionner. »
— Élisabeth Albuquerque, fondatrice du cabinet Osmose
Les questions qu’on se pose entre deux lives
Je ne gagne presque rien sur Twitch, je dois quand même déclarer ?
Oui. Un revenu tiré d’une activité est imposable quel que soit son montant, et vos recettes Twitch suivent cette règle. Au régime micro-BNC, l’abattement forfaitaire de 34 % ne peut pas être inférieur à 305 € : si vos recettes de l’année restent sous ce montant, votre bénéfice imposable est nul. Vous devez quand même les déclarer.
Je déclare ce que Twitch me verse ou ce que mes viewers ont payé ?
Ce que la plateforme vous verse. Pour les abonnements et les bits, vous n’encaissez jamais la part qu’elle conserve : vous déclarez donc le montant qui vous revient, pas le prix payé par vos spectateurs. Pour les dons reçus par un service de paiement, partez du montant reçu avant frais. Dans les deux cas, vos relevés de paiement donnent le bon chiffre.
On m’envoie parfois des cartes cadeaux ou des cryptos, ça compte ?
Oui. Une recette reste une recette, quelle que soit la forme du paiement : virement, espèces, ou bien remis à la place de l’argent. Une carte cadeau ou des cryptomonnaies reçues en lien avec votre chaîne entrent donc dans vos recettes. Gardez une trace de leur valeur en euros le jour où vous les recevez. Le même raisonnement s’applique, sous conditions, aux cadeaux et dotations de marques.
Je n’ai jamais déclaré mes revenus Twitch, je fais quoi ?
Commencez par reconstituer vos recettes, année par année, à partir de vos relevés de paiement et de vos relevés bancaires. Ce travail sert de base à toute correction. La suite dépend des années concernées et des montants en jeu : mieux vaut faire analyser la situation sur pièces avant de corriger vos déclarations.
Vos dons Twitch se déclarent, comme le reste
Malgré son nom, le don reçu en live ne fait pas exception. Pour les impôts, il se déclare comme vos abonnements et vos bits, sur la base de ce que vous avez réellement encaissé. C’est le signe que votre chaîne rapporte : une bonne nouvelle, même si elle arrive avec un peu de paperasse.
Si vous rangez vos relevés au fil des mois, la déclaration au printemps ne vous prendra pas de court. Et si vous préférez ne pas faire ce tri seul, nous serons ravis d’en parler.
