À chaque fin de mois, le même doute revient devant cette déclaration URSSAF : les revenus de créateur de contenu, BIC ou BNC ?
Vous avez posé la question à trois personnes différentes. Vous avez reçu trois réponses différentes. Le créateur de contenu qui vous a dit « BNC, comme tout le monde ». Celui qui jure que c’est du BIC car il a coché « influenceur » au guichet unique. Et le subreddit où trois comptables se contredisent poliment.
Personne n’a entièrement tort. La catégorie fiscale de vos déclarations ne dépend pas de votre métier, mais de la nature de chaque revenu que vous encaissez. C’est d’ailleurs la première chose qu’un expert-comptable pour influenceur regarde. Voyons ce qui relève de chaque catégorie, ce qui se passe quand vos revenus relèvent des deux, et ce que ce choix coûte ou vous fait gagner.

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BIC ou BNC : pourquoi personne ne vous donne la même réponse
Au moment de l’immatriculation de votre entreprise, le guichet unique vous fait choisir une catégorie.
Si votre création de contenu vise à promouvoir des biens ou des services contre rémunération ou avantage en nature, vous relevez de la catégorie « influenceur et créateur » : l’activité est commerciale, vous êtes immatriculé au registre du commerce et des sociétés, et vos revenus sont déclarés en BIC.
Si votre activité ne vise pas cette promotion, vous relevez de la catégorie « community manager, blogueur professionnel, rédacteur web », et vos revenus sont déclarés en BNC.
Une activité de création artistique ouvre une troisième voie, avec déclaration en BNC ou précompte par un tiers diffuseur, et affiliation à la sécurité sociale des artistes-auteurs.
Une même activité — la création de contenu — peut donc appartenir à trois catégories différentes, selon ce que vous exercez à titre principal. Et si cette case détermine votre affiliation et votre registre d’immatriculation, elle ne fige pas pour autant la nature de chaque euro que vous encaissez.
Prestations, dons, contenus payants : le terrain des BNC
Le principe : la catégorie « résiduelle »
Le code général des impôts définit les BIC et les BNC dans cet ordre :
- Relèvent des BIC les bénéfices provenant de l’exercice d’une profession commerciale, industrielle ou artisanale ;
- Relèvent des BNC les bénéfices des professions libérales et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits qui ne se rattachent à aucune autre catégorie.
Le BNC est donc une catégorie résiduelle : elle ne se définit pas par une liste de métiers, mais par l’absence de tout caractère commercial. Tout revenu professionnel qui n’est ni commercial, ni industriel, ni artisanal y tombe par défaut, faute d’appartenir ailleurs.
Les flux concernés chez un créateur
- Le partenariat rémunéré : vous vendez une prestation, du temps de création et une audience, pas une marchandise
- Les revenus publicitaires versés par une plateforme : rémunération d’une mise à disposition de contenu
- Les abonnements et le contenu payant : vous fournissez un service à vos abonnés
- Les dons et pourboires en direct : malgré leur nom, ils rémunèrent votre activité et sont imposables comme le reste
Ces quatre flux ont un point commun : l’argent rémunère votre travail de création, pas un bien que vous auriez cédé. Pour la plupart des créateurs, ils constituent l’essentiel des recettes. Tout change le jour où vous ouvrez une boutique et où vous expédiez vos premiers produits : cette activité distincte fait basculer une partie du chiffre d’affaires dans la logique de l’acte commercial, avec ses propres règles.
Boutique, dropshipping, ventes : le terrain des BIC
Le critère : un bien qui change de mains
L’article 34 du code général des impôts vise les bénéfices provenant de l’exercice d’une profession commerciale, industrielle ou artisanale. Pour un créateur de contenu, une question suffit presque toujours à trancher : vendez-vous un bien, ou facturez-vous un travail ?
Dès que vous vendez un bien, vous êtes en BIC. Les cas les plus courants chez un créateur sont :
- La boutique de produits dérivés : vêtements, accessoires, affiches, que vous gériez le stock ou non
- Le dropshipping : vous ne touchez jamais la marchandise, mais vous restez le vendeur
- La vente de biens numériques : presets, modèles, fichiers vendus à l’unité
L’affiliation, le cas qui fait hésiter
La question est moins simple dans le cas de l’affiliation, parce que vous ne vendez rien vous-même : vous êtes rémunéré pour avoir orienté un acheteur vers un vendeur. Dans un cadre général, la doctrine publiée par l’administration fiscale distingue deux types d’intermédiaires :
- Les commissionnaires, en tant que commerçants, relèvent des BIC pour les opérations qu’ils réalisent ;
- Les autres intermédiaires et mandataires exercent une activité non commerciale dont les revenus relèvent des BNC.
Transposé à l’affiliation, ce critère conduirait à ranger en BIC les revenus perçus lorsque vous agissez en votre nom, et en BNC les autres. Aucun texte ne valide cependant cette transposition. La nature de votre rôle apparaît normalement dans vos contrats : c’est le point à examiner avant de réaliser vos déclarations.
Le cumul BIC et BNC : un seuil partagé, pas deux plafonds séparés
La règle de partage des seuils
Beaucoup de créateurs pensent qu’exercer deux activités ouvre deux plafonds indépendants. Ce n’est pas le cas. Un rappel avant d’entrer dans le détail : ces seuils décident si vous restez au régime micro ou si vous basculez au régime réel. Ils ne se déterminent pas par activité, mais par nature de recettes, selon la répartition suivante :
| Ce que vous encaissez | Catégorie | Limite applicable |
| Partenariats, revenus publicitaires, abonnements, dons | BNC | 83 600 € |
| Ventes de la boutique | BIC | Compte dans un total global de 203 100 € |
| Les deux à la fois | BNC et BIC | Total sous 203 100 €, dont 83 600 € maximum de prestations |
Ces limites valent pour les années 2026 à 2028 : 203 100 € pour la vente de marchandises, 83 600 € pour les autres prestations de services relevant des BIC comme pour les activités libérales relevant des BNC. Autrement dit, une prestation reste une prestation quelle que soit sa catégorie : c’est la nature de la recette qui détermine le plafond, pas la case cochée à l’immatriculation.
Ce que cela change concrètement
Un créateur qui encaisse 60 000 € de partenariats, déclarés en BNC, et 30 000 € de prestations de services relevant des BIC atteint 90 000 €. Chaque activité prise isolément passe sous le seuil de 83 600 € ; ensemble, elles le dépassent, parce que ce seuil est commun aux prestations des deux catégories. Le régime micro cesse alors de s’appliquer si la limite est franchie deux années consécutives, avec bascule au régime réel au 1ᵉʳ janvier suivant.

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Ce que la qualification vous coûte vraiment
Le taux et l’abattement
La catégorisation de vos revenus agit à deux endroits distincts : elle fixe le taux prélevé par l’URSSAF sur vos encaissements, et elle fixe l’abattement forfaitaire appliqué avant le calcul de l’impôt sur le revenu.
| Nature du revenu | Cotisations 2026 | Abattement |
| Prestations BNC | 25,6 % | 34 % |
| Prestations BIC | 21,2 % | 50 % |
| Vente de marchandises BIC | 12,3 % | 71 % |
Ces taux sont ceux du régime micro-social au 1ᵉʳ janvier 2026 : 25,6 % pour les activités libérales non réglementées, 21,2 % pour les prestations de services relevant des BIC, 12,3 % pour la vente de marchandises. Les abattements forfaitaires sont de 34 % pour les activités libérales relevant des BNC, 50 % pour les prestations de services relevant des BIC et 71 % pour l’achat-revente, sans pouvoir descendre sous 305 €.
Un exemple d’écart sur 10 000 €
Prenons 10 000 € encaissés. En BNC, l’URSSAF prélève 2 560 € et l’administration retient 6 600 € de bénéfice imposable. Les mêmes 10 000 € encaissés au titre d’une vente de marchandises donnent 1 230 € de cotisations et 2 900 € de bénéfice imposable.
L’écart de cotisations se ressent très vite, au moment de la déclaration. L’écart d’abattement, lui, se voit un an plus tard sur l’avis d’imposition, et il pèse souvent davantage.
Comment tenir une comptabilité qui sépare les flux
Séparer vos recettes par nature n’est pas qu’une question d’organisation personnelle. Lorsque plusieurs activités relèvent de catégories différentes, chacune se voit appliquer son propre taux de cotisations, et la déclaration doit préciser la répartition du chiffre d’affaires par activité distincte. C’est ce qu’on appelle la ventilation, une étape obligatoire à chaque déclaration auprès de l’URSSAF.
La même exigence vaut du côté comptable. Vous devez tenir un registre de vos recettes — le livre-journal — où chaque encaissement figure avec sa date, son montant et son origine. Ventes et prestations de services y apparaissent séparément, comme sur vos factures.
En pratique, trois réflexes suffisent :
- Qualifier chaque encaissement au moment où il arrive, pas en fin d’année sur un relevé bancaire où tout peut se mélanger
- Conserver le contrat ou les conditions du programme qui justifient la nature de chaque entrée d’argent
- Reporter la ventilation sur chaque déclaration, mensuelle ou trimestrielle, plutôt que de la reconstituer après coup
Un an de recettes non ventilées se reconstitue mal, et souvent à votre détriment : faute de justificatif, la qualification la plus coûteuse s’impose par défaut.
BIC ou BNC : les questions fréquentes
Un placement de produit, c’est du BIC ou du BNC ?
Du BNC dans la très grande majorité des cas : vous facturez une prestation de création, vous ne cédez aucune marchandise. Une rémunération versée en produits plutôt qu’en argent ne change pas cette qualification.
J’ai coché « influenceur » au guichet unique, suis-je forcément en BIC ?
Cette case détermine votre registre d’immatriculation et votre affiliation, et elle place effectivement vos revenus en BIC. Elle ne requalifie pas pour autant chaque recette : une prestation reste une prestation, et une vente reste une vente. Si votre activité réelle diverge de la case cochée, le point mérite d’être revu.
Que se passe-t-il si je me suis trompé de catégorie ?
Les déclarations passées peuvent être corrigées. Selon les montants et les exercices concernés, la correction porte sur la déclaration de revenus, sur les déclarations URSSAF, ou sur les deux. Un point sur votre situation permet d’en déterminer l’étendue.
En résumé
Vos partenariats, vos revenus publicitaires et vos abonnements relèvent des BNC. Votre boutique relève des BIC. Vos commissions d’affiliation dépendent de ce que prévoient les contrats. Ces trois réponses coexistent dans une seule micro-entreprise, avec un seuil de prestations à surveiller et une ventilation à reporter sur chaque déclaration.
Mieux vaut qualifier chaque somme quand elle arrive que de reprendre une année complète au moment de déclarer. Une boutique qui ouvre, un programme d’affiliation qui démarre, un abonnement mensuel qui se lance : chaque nouveau flux mérite d’être qualifié dès le premier encaissement, tant que la question est encore simple à trancher.
Et s’il reste une ligne dont vous ne savez pas quoi faire au moment de déclarer, c’est exactement le genre de question que vous pouvez poser à votre expert-comptable.
Les seuils, taux et abattements cités évoluent régulièrement. Dernière mise à jour : 10/08/2026.
