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Créer une SASU : ce qui change par rapport à la SAS

Président de SASU créant sa société

« Mieux vaut être seul que mal accompagné », dit le proverbe. Vous l’avez suivi au pied de la lettre quand vous avez décidé de vous lancer seul en créant votre société.

Puis vient le moment de se renseigner, et vous ressentez une petite satisfaction en survolant tous ces articles sur la SAS, avec leurs associés, leurs assemblées et leurs règles de majorité : tout cela ne semble vous concerner qu’à moitié. Vous avez choisi la version de la SAS avec une lettre en plus : le U pour « unipersonnelle », qui vous donne l’impression de vous épargner la moitié des démarches.

Il en allège en effet quelques-unes, mais pas celles qu’on imagine. La SASU n’est pas une forme allégée de la SAS : c’est exactement la même société, avec un actionnaire au lieu de deux. Les statuts se rédigent avec la même précision, le dossier se dépose au même endroit, et ce « U » ajoute même une obligation que la SAS n’a pas.

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Les vraies différences sont finalement peu nombreuses, et la dernière ne se manifeste que le jour où vous cessez d’être seul.

Ce que change vraiment l’associé unique

Une SASU est une SAS dont les actions appartiennent à une seule personne. Ce n’est pas une forme juridique voisine, c’est la même, avec un associé au lieu de plusieurs : les mêmes articles du code de commerce s’y appliquent, les statuts se rédigent avec le même soin, et le dossier d’immatriculation se dépose auprès du même service. Les étapes de création ne varient pas non plus : toutes les étapes pour créer une SAS sont réunies sur cette page, à laquelle vous pouvez vous reporter avant de vous lancer.

Ce qui change découle d’un seul fait : lors de la prise de décision, il n’y a personne à consulter. Là où une SAS organise des décisions collectives, avec leurs règles de majorité et leurs procès-verbaux, vous prenez des décisions unilatérales. Aucune convocation, aucun quorum, aucune majorité à réunir : vous décidez, et c’est adopté.

Cette liberté s’accompagne d’une contrainte unique, et c’est la seule obligation que la SAS ne vous impose pas. Vos décisions doivent être répertoriées dans un registre, conservé au siège social pendant au moins cinq ans après la dernière décision inscrite. Rien de complexe à produire : il reprend votre identité, la décision prise, sa date, votre signature. Il devient en revanche difficile à reconstituer après coup, et une décision qui n’y figure pas peut être annulée à la demande de toute personne qui y a intérêt — un créancier, un héritier, un futur acquéreur qui examine vos documents avant de signer.

Dans la quasi-totalité des SASU, l’associé unique est aussi le président. Ce n’est pourtant pas une obligation, et lorsque les deux rôles se séparent, il faut savoir lequel décide quoi.

DécisionQui décide par défautLes statuts peuvent-ils la confier au président ?
Approbation des comptes et affectation du résultatAssocié uniqueNon
Augmentation, réduction ou amortissement du capitalAssocié uniqueNon
Fusion, scission, dissolution, transformationAssocié uniqueNon
Adoption ou modification d’une clause d’agrément, d’exclusion ou d’inaliénabilitéAssocié uniqueNon
Nomination du président et des autres dirigeantsAssocié uniqueOui
Transfert du siège social en FranceAssocié uniqueOui
Changement de dénomination socialeAssocié uniqueOui

Aucune modification des statuts ne peut être décidée par le président seul lorsqu’il n’est pas l’associé unique : elle suppose votre validation, même quand les statuts lui laissent l’initiative.

Ce que la clôture des comptes vous épargne

L’approbation des comptes annuels est la première formalité que l’unipersonnalité simplifie. Vous disposez de six mois après la clôture de l’exercice pour approuver les comptes, comme dans n’importe quelle société. Vous présidez sans doute vous-même votre société : dans ce cas, déposer au registre du commerce l’inventaire et les comptes annuels signés vaut approbation, sans autre décision à formaliser. Ce raccourci ne vaut que pour les SASU dont l’associé unique est une personne physique ; celles détenues par une société approuvent leurs comptes dans les formes.

La même logique s’applique aux conventions que vous passez avec votre propre société. Louer un local dont vous êtes propriétaire, lui vendre votre ordinateur, lui consentir un prêt : ces opérations vous placent des deux côtés du contrat, et le code de commerce les encadre pour cette raison. Une SAS doit alors produire un rapport et le soumettre aux associés. Vous n’avez rien à produire ni à soumettre à qui que ce soit — une mention au registre suffit, y compris pour les conventions conclues avec vous-même en votre qualité d’associé unique.

« On pense souvent au registre comme à une corvée de plus, mais il a une utilité qui va au-delà de la simple formalité : il date les décisions. Quand un client nous demande depuis quand il se verse cette rémunération, ou quand il a transféré son siège, c’est là qu’on va chercher. Encore faut-il que quelque chose y soit écrit. »

— Élisabeth Albuquerque, fondatrice du cabinet Osmose

Le troisième allégement est le plus cité de tous, bien qu’il ne soit pas propre à la SASU : le rapport de gestion. La dispense vaut en effet pour toutes les sociétés commerciales qui sont des micro-entreprises ou des petites entreprises, quel que soit leur nombre d’associés. Font exception les sociétés qui gèrent des titres de participations ou des valeurs mobilières, une holding par exemple, ainsi que celles qui exercent certaines activités financières ou d’assurance. En vigueur en septembre 2026, il suffit de ne pas dépasser deux des trois seuils de 7 500 000 € de bilan, 15 000 000 € de chiffre d’affaires et 50 salariés. Une SAS à quatre associés dans la même situation en est dispensée exactement comme vous. Ce n’est pas un avantage de la formule, c’est un avantage de la taille.

La seule ligne du budget qui distingue une SASU d’une SAS

Une seule des dépenses liées à la création de la société dépend du nombre d’associés : l’annonce légale de constitution.

Son prix est forfaitaire depuis 2021. Il ne dépend ni du journal choisi, ni de la longueur du texte publié, ni de la ville où vous vous installez : la forme juridique le détermine, et rien d’autre. En vigueur depuis le 1er janvier 2026, ce forfait s’établit à 142 € HT pour une SASU, partout en France sauf à La Réunion et à Mayotte, où il monte à 167 € HT. Une SAS paie 199 € HT pour la même formalité, dans le même journal, avec les mêmes mentions à publier.

Les autres dépenses ne bougent pas. Les frais de greffe, le dépôt du capital, la déclaration des bénéficiaires effectifs, la rédaction des statuts si vous la confiez à un professionnel : rien de tout cela ne change parce que vous êtes seul. À noter que ces montants sont revus chaque année par arrêté, généralement publié fin décembre pour une application au 1er janvier.

Le jour où le U disparaît

Faire entrer un associé dans une SASU ne change pas la forme de la société. Il n’y a rien à transformer, aucune nouvelle personne morale à créer, aucun commissaire à désigner : la société était une SAS avec un seul actionnaire, elle devient une SAS avec deux. Le U tombe du sigle, et c’est la seule conséquence immédiate. Le reste dépend de ce que prévoient vos statuts.

Il y a deux façons de faire entrer quelqu’un au capital. Dans la première, vous cédez une partie de vos actions, et l’argent vous revient. Dans la seconde, la société émet des actions nouvelles que votre associé souscrit, et l’argent revient à la société. Ce choix, qui ressemble à une modalité technique, décide en réalité de qui est financé — vous ou la société.

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Si ce sont vos actions qui sont cédées, l’opération se déclare à l’administration fiscale dans le mois, avec ou sans acte écrit, et donne lieu à un droit d’enregistrement de 0,1 % du prix, avec un minimum de 25 €. La cession s’inscrit ensuite dans les registres de la société, et c’est cette inscription qui la rend opposable à celle-ci.

Ce qui suit surprend souvent : une cession d’actions, à elle seule, ne déclenche aucune publicité. Pas d’annonce légale, pas de dossier au guichet unique, pas de Kbis à mettre à jour — les associés d’une SAS n’y figurent pas. Les formalités n’apparaissent que si les statuts doivent être modifiés, ce qui est le cas lorsqu’ils nomment les associés ou détaillent la répartition du capital, ou si l’opération s’accompagne d’un autre changement soumis à publicité. Une augmentation de capital, en revanche, modifie les statuts, car le montant y est inscrit — sauf si vos statuts prévoient un capital variable.

Mais la difficulté est ailleurs, et elle n’est pas administrative. Des statuts rédigés pour un associé unique ne fonctionnent pas à deux : ils ne disent ni ce qui se passe si l’un veut partir, ni qui tranche en cas de désaccord, ni à quelles conditions un tiers peut entrer. Ces situations s’anticipent dans les clauses des statuts d’une SAS, et le bon moment pour les écrire reste celui où aucun intérêt personnel n’est en jeu.

Garder son emploi et présider sa SASU

Rien ne vous oblige à quitter votre emploi pour créer une SASU. Vous pouvez présider votre société le soir et rester salarié le jour, sans autorisation à demander et sans plafond de durée.

Votre contrat de travail, en revanche, peut vous l’interdire. Trois points sont à vérifier :

  • la clause d’exclusivité, qui vous réserve à votre employeur ;
  • la clause de non-concurrence, qui vous ferme un secteur d’activité ;
  • l’obligation de loyauté, qui s’impose même en l’absence de clause.

La question inverse revient tout aussi souvent : puisque le président rémunéré d’une SASU est assimilé salarié, peut-il être salarié de sa propre société ? La réponse est « non », s’il en est aussi l’associé unique. Un contrat de travail suppose un lien de subordination, donc quelqu’un qui donne les directives et quelqu’un qui les reçoit. Détenant la totalité des actions, vous ne pouvez être ni l’un ni l’autre à l’égard de vous-même. Le montage se retrouve écarté lorsqu’il est examiné, et il l’est régulièrement, parce qu’il conditionne l’accès à l’assurance chômage.

Le cumul redevient possible quand le président n’est pas l’associé unique, à condition que le contrat porte sur des fonctions techniques distinctes du mandat, qu’il donne lieu à une rémunération propre et que la subordination soit réelle. Trois conditions cumulatives, appréciées sur les faits et non sur les documents.

Un dernier cas mérite d’être écarté d’emblée, parce qu’il concerne beaucoup de créateurs : si vous êtes indemnisé par France Travail au moment de créer votre société, les règles sont différentes. Elles dépendent de votre rémunération de président et de l’aide que vous choisissez, et nous avons réuni celles de l’ARE, ARCE et ACRE dans un article distinct.

Les questions qu’on nous pose sur la SASU

Est-ce que je peux créer une SASU en gardant mon CDI ?

Oui, et c’est le cas le plus fréquent. Aucune règle ne vous impose de démissionner pour présider une société, quel que soit le temps que vous y consacrez. La limite ne vient pas du droit des sociétés mais de votre contrat de travail : une clause d’exclusivité ou de non-concurrence peut interdire l’activité que vous visez. Vérifiez ces deux clauses avant d’engager quoi que ce soit, car elles se négocient avec votre employeur, pas avec le greffe.

J’ai créé ma SASU il y a trois ans et je n’ai jamais tenu de registre. Qu’est-ce que je risque ?

Vos décisions restent valables tant que personne ne les conteste, mais elles deviennent fragiles : une décision non inscrite peut être annulée à la demande de toute personne qui y a un intérêt. Le registre se régularise, mais pas en réécrivant le passé : on consigne les décisions manquantes à leur date réelle de régularisation, en indiquant qu’elles rattrapent des exercices antérieurs. Une décision reconstituée après coup se repère, ce qui la rend discutable le jour où quelqu’un examine vos documents. Mais mieux vaut un registre régularisé qu’un registre absent.

Si mon associé repart, est-ce que ma SAS redevient une SASU ?

Oui, automatiquement, dès que vous détenez à nouveau la totalité des actions. Il n’y a ni transformation ni décision à prendre : la société redevient unipersonnelle par le seul effet de la répartition du capital. Vos statuts, en revanche, ne se remettent pas à jour tout seuls. S’ils ont été réécrits pour deux associés, ils continueront d’organiser des décisions collectives que vous prendrez seul, ce qui fonctionne, mais alourdit inutilement chaque formalité.

Puis-je être président d’une SASU dont je ne suis pas l’associé ?

Oui. La qualification de SASU dépend du nombre d’associés, pas de l’identité du dirigeant : une société détenue par une seule personne reste unipersonnelle même si elle est présidée par quelqu’un d’autre. Cette configuration se rencontre lorsqu’un associé unique confie la direction à un tiers, ou lorsqu’une société mère détient une filiale opérée par un dirigeant distinct. Dans ce cas, la répartition des décisions entre associé et président doit être écrite dans les statuts.

Le U se retire aussi facilement qu’il s’ajoute

Créer seul n’engage à rien de définitif. Le U s’ajoute et se retire au rythme des personnes qui entrent au capital, sans rien changer à la nature de votre société : ce qui bouge, c’est le nombre de personnes qui décident, et la façon dont vous en gardez la trace.

C’est d’ailleurs tout ce que ces règles organisent. Elles ne protègent pas votre société, elles protègent la relation que vous aurez avec ceux qui la rejoindront.

Le proverbe oublie une troisième possibilité : être bien accompagné. Cela ne se décide pas le jour où l’associé arrive, mais dans les pages que vous écrivez pendant que vous êtes encore seul.

Ces pages-là, nous les écrivons souvent avec des dirigeants qui n’ont pas encore d’associé. Le bon moment est maintenant, pas après leur arrivée.

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