On sous-estime l’émotion du premier courrier reçu au nom de votre société. Votre dénomination sociale imprimée sur une enveloppe, une vraie, ça donnerait presque envie de l’encadrer.
Et là, retour à la réalité : nous sommes au regret de vous apprendre que ce premier courrier sera probablement une demande de paiement très urgente pour un « registre national » très officiel, très obligatoire, et très privé — mais surtout, si vous arrivez à lire les très petits caractères, facultatif.
Ce type de courriers et d’e-mails plus ou moins suspects, vous allez en recevoir. Beaucoup. Mais pas de panique : vous n’aurez pas besoin de suivre une formation de cybersécurité de trois mois pour savoir qu’ils sont à placer directement dans la corbeille. Car les frais d’une création de société se paient pendant les formalités, pas après, et le total tient en un chiffre : 291,96 € en 2026, pour une SAS dont le siège est en métropole. Oui, c’est précis.

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Reste à savoir d’où sort ce chiffre, ce qui le fait bouger, et combien coûte réellement la première année. Cette facture-là, vous ne la jetterez pas.
Ce que vous payez vraiment (et à qui)
Il n’existe nulle part de facture de création d’une SAS. Pas de devis, pas de total en bas à droite, pas de bouton pour tout régler d’un coup. Vous payez à trois endroits différents, à des moments différents, et l’addition, c’est vous qui la faites.
Voici les trois lignes, en vigueur à la date de rédaction, en septembre 2026.
| Ce que vous payez | À qui | Montant |
| L’annonce légale de constitution | Un support habilité à recevoir des annonces légales, dans le département du siège | 199 € HT, soit 238,80 € TTC |
| L’immatriculation de la société | Le guichet des formalités des entreprises | 33,83 € TTC |
| La déclaration des bénéficiaires effectifs | Le même guichet, mais c’est une formalité distincte, avec son propre tarif | 19,33 € TTC |
| Total | 291,96 € TTC |
Trois observations, dans l’ordre d’importance.
L’annonce légale pèse plus des quatre cinquièmes du total. Ce texte que personne ne lira est de loin votre premier poste de dépense réglementaire. Son tarif est forfaitaire depuis la loi Pacte : il ne dépend plus de la longueur de l’annonce, seulement de la forme sociale et du département. Le prix est donc le même partout, quel que soit le support choisi.
Ce total ne dépend ni de votre capital, ni de votre chiffre d’affaires prévisionnel, ni de votre secteur. Une SAS créée avec 1 € de capital et une SAS créée avec 100 000 € paient exactement la même chose. C’est d’ailleurs la seule ligne de votre budget de lancement sur laquelle vous n’avez strictement aucune prise.
Et le capital social, justement, n’est pas un frais. L’argent que vous déposez ne disparaît pas : il devient la première trésorerie de la société, et vous le dépensez ensuite comme bon vous semble. Ce qui se décide, ce n’est donc pas combien il vous coûte, mais quel montant inscrire et quelle part verser tout de suite — deux questions qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre.
Ces 291,96 € correspondent au parcours standard : une société commerciale, un siège en métropole, une activité qui n’est ni artisanale ni celle d’un agent commercial. Trois situations font bouger ce socle, et une seule le fait vraiment grimper. Si vous voulez savoir où chacune de ces dépenses tombe dans la procédure, notre guide décrit comment immatriculer une SAS.
Ce qui change le total, et de combien
Trois choses seulement font bouger ce total : où vous installez le siège, ce que vous faites, et sous quel statut vous le faites. Aucune ne se négocie, ce qui a au moins le mérite de raccourcir la réflexion.
| Votre situation | Ce qui change | Total |
| Siège en France métropolitaine | Rien, c’est le cas de référence | 291,96 € TTC |
| Siège à La Réunion ou à Mayotte | L’annonce légale passe à 233 € HT, soit 279,60 € TTC | 332,76 € TTC |
| Activité artisanale ou mixte | Une immatriculation au registre des métiers s’ajoute, à 15 € | 306,96 € TTC |
| Activité d’agent commercial | Une inscription au registre spécial des agents commerciaux s’ajoute, à 23,21 € | 315,17 € TTC |
Deux précisions que les tableaux comparatifs oublient régulièrement :
L’outre-mer n’est pas uniformément plus cher. Depuis 2024, le tarif métropolitain s’applique aussi en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, à Saint-Barthélemy, à Saint-Martin et à Wallis-et-Futuna. Seules La Réunion et Mayotte relèvent d’un barème distinct. Un siège à Fort-de-France coûte donc exactement le même prix qu’un siège à Tours.
Les suppléments s’additionnent. Une SAS artisanale à La Réunion paie les deux, et rien n’interdit non plus le cumul avec l’inscription au registre des agents commerciaux.
Reste une hypothèse que ce tableau ne couvre pas : si vous créez seul, votre société sera une SASU, et l’annonce légale d’une SASU relève d’un forfait plus bas.
Faut-il payer quelqu’un pour créer votre SAS ?
Le socle est le même pour tout le monde. Ce qui creuse les écarts, c’est ce que vous ajoutez autour, et les devis vont de zéro à plusieurs milliers d’euros pour un dossier qui reste, lui, identique.
Cet écart peut s’expliquer en une phrase. Créer une société, c’est produire un dossier et prendre une série de décisions. Le dossier, tout le monde sait le produire. Les décisions, c’est autre chose : elles s’inscrivent dans les statuts, elles vous suivent des années, et certaines ne se rattrapent qu’en assemblée — et donc en frais de modification.
| Seul | Assisté | Conseillé | |
| Concrètement | Vous rédigez, vous déposez, vous suivez le dossier sur le guichet unique | Un service de formalités en ligne produit le dossier à partir de vos réponses | Un avocat, un expert-comptable ou un notaire travaille votre dossier avec vous |
| Les statuts | Vous partez d’un modèle et vous le complétez | Un modèle est rempli à partir de vos réponses | Ils sont écrits pour votre situation, clause par clause |
| Les décisions structurantes | Elles se prennent toutes seules, par défaut | Elles vous sont présentées comme des options à cocher | Elles sont posées, discutées, et arbitrées avec vous |
| Qui a répondu à vos questions | Un moteur de recherche | Une base d’articles et un service client | Une personne qui connaît votre projet |
| Si le dossier est rejeté | Vous corrigez, vous redéposez | Le prestataire reprend le dossier | Le dossier est repris et l’erreur est expliquée |
| En cas d’erreur dans les statuts | Elle se découvre plus tard, souvent à l’occasion d’un désaccord | Elle se découvre plus tard, souvent à l’occasion d’un désaccord | Une responsabilité professionnelle est engagée |
| Ce que ça vous demande | Du temps, et l’acceptation d’un angle mort | Peu de temps, un angle mort identique | Du temps de conversation, pas de temps administratif |
La colonne du milieu est celle qui trompe le plus. Elle donne le sentiment d’un accompagnement parce qu’un tiers manipule le dossier, alors que les décisions restent entièrement les vôtres, prises seul devant un formulaire. Ce que vous économisez, c’est du temps de saisie. Les arbitrages, eux, restent les vôtres.
Et l’écart de prix ne recouvre pas l’écart de risque. Une clause d’agrément absente ne coûte rien le jour de la création. Elle se paie le jour où un associé vend ses actions à quelqu’un que vous n’avez pas choisi.
« Un modèle de statuts n’est pas risqué parce qu’il est mal écrit. Il est risqué parce qu’il a été écrit pour quelqu’un d’autre. »
— Élisabeth Albuquerque, fondatrice du cabinet Osmose
Ces dépenses, obligatoires ou choisies, ont toutes le même sort une fois payées — ou plutôt, elles en ont deux, et le choix vous appartient.

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Un cas particulier, avant d’aller plus loin : apporter un véhicule, du matériel ou un fonds de commerce déclenche une évaluation contrôlée par un commissaire aux apports, dont les honoraires s’ajoutent au socle quoi qu’il arrive.
Des frais qui peuvent vous coûter vos premiers dividendes
Les frais de constitution peuvent être traités de deux façons, et la décision se prend à la première clôture.
Le premier consiste à les passer en charges de l’exercice, comme n’importe quelle dépense courante. C’est la méthode de référence du plan comptable, celle qui ne demande aucune justification et qui n’entraîne rien.
Le second consiste à les inscrire à l’actif du bilan, en frais d’établissement, puis à les amortir sur cinq ans au maximum. L’intérêt est immédiat : au lieu de peser sur un premier exercice généralement déficitaire, la dépense se répartit sur plusieurs années et le résultat de départ paraît meilleur.
Il y a un revers, et il ne se voit pas à la première clôture. Tant que ces frais figurent au bilan sans être intégralement amortis, la société ne peut pas distribuer de dividendes. La règle est ancienne, elle vaut pour toutes les sociétés commerciales, et elle prend au dépourvu le dirigeant qui découvre, au moment de se verser sa première distribution, qu’une ligne de quelques centaines d’euros la bloque.
Pour 291,96 €, l’arbitrage est vite tranché : personne ne compromet une distribution pour lisser trois cents euros sur cinq ans. Il se pose autrement dès que les honoraires s’ajoutent aux frais obligatoires et que le total change d’échelle.
Votre premier bilan portera d’autres lignes qui ne se devinent pas, à commencer par le capital que vous n’avez pas encore versé. Et les frais de création n’en seront qu’une petite partie. L’essentiel de ce bilan viendra d’ailleurs : de tout ce que la société aura dépensé pour fonctionner sur sa première année.
Une société sans client a déjà des factures
Les frais de création s’arrêtent là, comptabilisés et refermés. Ce qui suit relève d’autre chose : une société existe désormais, et elle a des obligations avant même d’avoir son premier client.
Certaines sont immédiates. Un compte au nom de la société, que le dépôt du capital impose avant même l’immatriculation. Une adresse, gratuite si vous domiciliez la société chez son président, payante si vous passez par un bail ou par une société de domiciliation. Une assurance de responsabilité civile professionnelle, obligatoire pour les professions réglementées et fortement conseillée partout ailleurs.
D’autres reviennent chaque année. Toute société commerciale tient une comptabilité, établit des comptes annuels et les dépose, y compris si elle n’a rien encaissé — et c’est souvent à la première clôture qu’on en découvre le coût réel.
La cotisation foncière des entreprises, elle, vous laisse tranquille un peu plus longtemps. L’année de la création, vous en êtes exonéré. L’année suivante, votre base d’imposition est réduite de moitié. Vous ne payez le tarif entier qu’à la troisième année. Une condition, facile à manquer : la déclaration initiale doit être déposée avant le 31 décembre de l’année de création, faute de quoi vous perdez la réduction de moitié de la deuxième année.
Et le poste le plus lourd ne dépend que de vous. Un président de SAS est assimilé salarié : ses cotisations sont calculées sur ce qu’il perçoit, et un président qui ne se verse rien n’en génère aucune — au prix d’une protection sociale inexistante. C’est le premier vrai arbitrage de dirigeant, et le calcul entre salaire et dividendes mérite d’être posé avant le premier versement, pas après.
Les questions qu’on nous pose avant la création
J’ai reçu un courrier qui me réclame des frais après l’immatriculation, je dois payer ?
Non. Une fois votre société immatriculée, aucun registre officiel ne vous adresse de facture : tout ce qui était dû a été réglé pendant les formalités. Ces courriers émanent de sociétés privées qui exploitent les données d’immatriculation, publiques et accessibles à tous. La plupart mentionnent quelque part, en petits caractères, qu’il s’agit d’une offre facultative. Lisez le document au recto et au verso avant toute chose, et signalez-le sur la plateforme SignalConso si la mention est absente.
Pourquoi l’annonce légale d’une SAS coûte-t-elle plus cher que celle d’une SARL ?
Parce que le tarif est fixé par arrêté, forme sociale par forme sociale. En 2026, l’annonce de constitution coûte 199 € hors taxes pour une SAS et 148 € hors taxes pour une SARL, en France métropolitaine. L’écart ne récompense rien et ne sanctionne rien : il résulte d’un barème revu chaque année, qui distingue huit formes de sociétés. Il ne constitue évidemment pas un critère de choix entre les deux formes.
Est-ce que je peux rédiger et publier l’annonce légale moi-même ?
Oui. Vous rédigez le texte, vous le transmettez à un support habilité à recevoir des annonces légales dans le département de votre siège, et vous recevez une attestation de parution à joindre au dossier. Depuis que le tarif de constitution est forfaitaire, la longueur de votre texte n’a plus d’incidence sur le prix, et le montant est le même quel que soit le support retenu. Ce qui change d’un support à l’autre, c’est le délai et l’assistance.
Ces frais sont-ils déductibles du résultat de la société ?
Oui, dans les deux traitements possibles. Passés en charges, ils viennent réduire le résultat du premier exercice. Inscrits à l’actif en frais d’établissement, ils sont déduits de façon échelonnée par le jeu de l’amortissement, sur cinq ans au maximum. Le choix n’a donc aucun effet sur le montant total déduit : il n’en a que sur le rythme, et sur votre capacité à distribuer des dividendes tant que ces frais restent au bilan.
Je paie tout ça avant que la société existe. Comment je me fais rembourser ?
C’est le principe de la reprise des actes accomplis pour le compte de la société en formation. Les dépenses que vous engagez avant l’immatriculation — annonce légale, formalités, honoraires — peuvent être remboursées par la société une fois immatriculée, à condition d’être identifiées. En pratique, l’état des actes est annexé aux statuts ou l’engagement est repris par une décision des associés. Sans ce formalisme, la dépense reste la vôtre.
Le vrai budget commence après le Kbis
Créer une SAS n’est pas une formalité gratuite, mais son coût ne devrait pas vous empêcher de dormir pour autant. C’est une dépense fixe, connue d’avance, et étonnamment faible au regard de ce qu’elle produit — une personne morale, une existence juridique propre, une structure qui vous survivra si vous le décidez.
Les vrais enjeux se trouvent dans la façon dont la société est montée. Une clause oubliée, un arbitrage remis à plus tard, une décision prise par défaut : rien de tout cela ne se voit à l’immatriculation, et le coût n’est plus le même lorsqu’il faut le corriger quelques années après.
C’est précisément ce qu’on regarde avec vous avant la création. Quant au premier courrier reçu, on vous conseille de l’encadrer malgré tout — ce sera bien la seule fois où il vous fera plaisir.
